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Gulliver's Travels — Chapter 32 in French

By Jonathan Swift

Le lecteur observera, s’il lui plaît, que ce qu’il va lire est l’extrait de plusieurs conversations que j’ai eues en différentes fois, pendant deux années, avec le Houyhnhnm mon maître. THE reader may please to observe, that the following extract of many conversations I had with my master, contains a summary of the most material points, which were discoursed at several times for above two years; his honour often desiring fuller satisfaction, as I farther improved in the Houyhnhnm tongue. Je lui exposai le mieux qu’il me fut possible l’état de toute l’Europe ; je discourus sur les arts, sur les manufactures, sur le commerce, sur les sciences ; et les réponses que je fis à toutes ses demandes furent le sujet d’une conversation inépuisable ; mais je ne rapporterai ici que la substance des entretiens que nous eûmes au sujet de ma patrie ; et, y donnant le plus d’ordre qu’il me sera possible, je m’attacherai moins aux temps et aux circonstances qu’à l’exacte vérité. I laid before him, as well as I could, the whole state of Europe; I discoursed of trade and manufactures, of arts and sciences; and the answers I gave to all the questions he made, as they arose upon several subjects, were a fund of conversation not to be exhausted. But I shall here only set down the substance of what passed between us, concerning my own country, reducing it in order as well as I can, without any regard to time or other circumstances, while I strictly adhere to truth. Tout ce qui m’inquiète est la peine que j’aurai à rendre avec grâce et avec énergie les beaux discours de mon maître et ses raisonnemens solides ; mais je prie le lecteur d’excuser ma faiblesse et mon incapacité, et de s’en prendre aussi un peu à la langue défectueuse dans laquelle je suis à présent obligé de m’exprimer. My only concern is, that I shall hardly be able to do justice to my master's arguments and expressions, which must needs suffer by my want of capacity, as well as by a translation into our barbarous English.
Pour obéir donc aux ordres de mon maître, un jour je lui racontai la dernière révolution arrivée en Angleterre par l’invasion du prince d’Orange, et la guerre que ce prince ambitieux fit ensuite au roi de France, le monarque le plus puissant de l’Europe, dont la gloire était répandue dans tout l’univers, et qui possédait toutes les vertus royales. J’ajoutai que la reine Anne, qui avait succédé au prince d’Orange, avait continué cette guerre, où toutes les puissances de la chrétienté étaient engagées. In obedience therefore to his honour's commands, I related to him the revolution under the prince of Orange; the long war with France, entered into by the said prince, and renewed by his successor, the present queen; wherein the greatest powers of Christendom were engaged, and which still continued: I computed at his request, that about a million of yahoos might have been killed, in the whole progress of it; and perhaps a hundred or more cities taken, and five times as many ships burnt or sunk.
Je lui dis que cette guerre funeste avait pu faire périr jusqu’ici environ un million de yahous ; qu’il y avait eu plus de cent villes assiégées et prises, et plus de trois cents vaisseaux brûlés ou coulés à fond. Il me demanda alors quels étaient les causes et les motifs les plus ordinaires de nos querelles et de ce que j’appelais la guerre. He asked me what were the usual causes or motives that made one country go to war with another. Je répondis que ces causes étaient innombrables, et que je lui en dirais seulement les principales. I answered they were innumerable; but I should only mention a few of the chief. Souvent, lui dis-je, c’est l’ambition de certains princes qui ne croient jamais posséder assez de terre ni gouverner assez de peuples. Sometimes, the ambition of princes, who never think they have land or people enough to govern. Quelquefois c’est la politique des ministres, qui veulent donner de l’occupation aux sujets mécontens. Sometimes, the corruption of ministers, who engage their master in a war, in order to stifle or divert the clamour of the subjects against their evil administration. Ç’a été quelquefois le partage des esprits dans le choix des opinions. L’un croit que siffler est une bonne action, l’autre que c’est un crime : l’un dit qu’il faut porter des habits blancs, l’autre qu’il faut s’habiller de noir, de rouge, de gris : l’un dit qu’il faut porter un petit chapeau retroussé, l’autre dit qu’il en faut porter un grand dont les bords tombent sur les oreilles, etc. (J’imaginai exprès ces exemples chimériques, ne voulant pas lui expliquer les causes véritables de nos dissensions par rapport à l’opinion, vu que j’aurais eu trop de peine et de honte à les lui faire entendre. Difference in opinions has cost many millions of lives: for instance, whether flesh be bread, or bread be flesh; whether the juice of a certain berry be blood or wine; whether whistling be a vice or a virtue; whether it be better to kiss a post, or throw it into the fire; what is the best colour for a coat, whether black, white, red, or gray; and whether it should be long or short, narrow or wide, dirty or clean, with many more. J’ajoutai que nos guerres n’étaient jamais plus longues et plus sanglantes que lorsqu’elles étaient causées par ces opinions diverses, que des cerveaux échauffés savaient faire valoir de part et d’autre, et pour lesquelles ils excitaient à prendre les armes. Neither are any wars so furious and bloody, or of so long continuance, as those occasioned by difference in opinion, especially if it be in things indifferent.
Je continuai ainsi : Deux princes ont été en guerre parce que tous deux voulaient dépouiller un troisième de ses États, sans y avoir aucun droit ni l’un ni l’autre. Sometimes the quarrel between two princes, is to decide which of them shall dispossess a third of his dominions, where neither of them pretend to any right. Quelquefois un souverain en a attaqué un autre de peur d’en être attaqué. Sometimes one prince quarrels with another, for fear the other should quarrel with him. On déclare la guerre à son voisin, tantôt parce qu’il est trop fort, tantôt parce qu’il est trop faible. Sometimes a war is entered upon, because the enemy is too strong; and sometimes, because he is too weak. Souvent ce voisin a des choses qui nous manquent, et nous avons des choses aussi qu’il n’a pas : alors on se bat pour avoir tout ou rien. Sometimes our neighbours want the things which we have, or have the things which we want; and we both fight, till they take ours, or give us theirs. Un autre motif de porter la guerre dans un pays, est lorsqu’on le voit désolé par la famine, ravagé par la peste, déchiré par les factions. It is a very justifiable cause of a war, to invade a country after the people have been wasted by famine, destroyed by pestilence, or embroiled by factions among themselves. Une ville est à la bienséance d’un prince, et la possession d’une petite province arrondit son État : sujet de guerre. It is justifiable to enter into war against our nearest ally, when one of his towns lies convenient for us, or a territory of land, that would render our dominions round and compact. Un peuple est ignorant, simple, grossier et faible ; on l’attaque, on en massacre la moitié, on réduit l’autre à l’esclavage, et cela pour le civiliser. If a prince sends forces into a nation, where the people are poor and ignorant, he may lawfully put half of them to death, and make slaves of the rest, in order to civilize and reduce them from their barbarous way of living. Une guerre fort glorieuse est lorsqu’un souverain généreux vient au secours d’un autre qui l’a appelé, et qu’après avoir chassé l’usurpateur il s’empare lui-même des États qu’il a secourus, tue, met dans les fers ou bannit le prince qui avait imploré son assistance. It is a very kingly, honourable and frequent practice, when one prince desires the assistance of another, to secure him against an invasion, that the assistant, when he has driven out the invader, should seize on the dominions himself, and kill, imprison, or banish the prince he came to relieve. La proximité du sang, les alliances, les mariages ; autres sujets de guerre parmi les princes : plus ils sont proches parens, plus ils sont près d’être ennemis. Les nations pauvres sont affamées, les nations riches sont ambitieuses : or, l’indigence et l’ambition aiment également les changemens et les révolutions. Alliance by blood, or marriage, is a frequent cause of war between princes; and the nearer the kindred is, the greater their disposition to quarrel: poor nations are hungry, and rich nations are proud: and pride and hunger will ever be at variance. Pour toutes ces raisons, vous voyez bien que, parmi nous le métier d’un homme de guerre est le plus beau de tous les métiers ; car qu’est-ce qu’un homme de guerre ? c’est un yahou payé pour tuer de sang-froid ses semblables qui ne lui ont fait aucun mal. Vraiment, ce que vous venez de me dire des causes ordinaires de vos guerres, me répliqua son honneur, me donne une haute idée de votre raison ! For these reasons, the trade of a soldier is held the most honourable of all others; because a soldier is a yahoo hired to kill in cold blood, as many of his own species, who have never offended him, as possibly he can.