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Gulliver's Travels — Chapter 33 in French

By Jonathan Swift

Mon maître ne pouvait comprendre comment toute cette race de patriciens était si malfaisante et si redoutable. Quel motif, disait-il, les porte à faire un tort si considérable à ceux qui ont besoin de leur secours ? MY master was yet wholly at a loss to understand, what motives could incite this race of lawyers to perplex, disquiet, and weary themselves, and engage in a confederacy of injustice, merely for the sake of injuring their fellow-animals; neither could he comprehend what I meant in saying, they did it for hire. J’eus un peu de peine à lui faire entendre ce que ce mot signifiait : je lui expliquai nos différentes espèces de monnaies, et les métaux dont elles étaient composées ; je lui en fis connaître l’utilité, et lui dis que lorsqu’on en avait beaucoup on était heureux ; qu’alors on se procurait de beaux habits, de belles maisons, de belles terres, qu’on faisait bonne chère, et qu’on avait à son choix toutes les plus belles femelles ; que, pour cette raison, nous ne croyions jamais avoir assez d’argent, et que plus nous en avions, plus nous en voulions avoir ; que le riche oisif jouissait du travail du pauvre, qui, pour trouver de quoi sustenter sa misérable vie, suait du matin jusqu’au soir, et n’avait pas un moment de relâche. Whereupon I was at much pains to describe to him the use of money, the materials it was made of, and the value of the metals; that when a yahoo had got a great store of this precious substance, he was able to purchase whatever he had a mind to, the finest clothing, the noblest houses, great tracts of land, the most costly meats and drinks; and have his choice of the most beautiful females. Ainsi, puisque l'argent seul était capable de produire tous ces effets, nos yahoos pensaient qu'on ne pouvait jamais en avoir assez, soit pour le dépenser, soit pour l'épargner, selon leur penchant naturel, qui les portait ou à la profusion ou à l'avarice. Therefore, since money alone was able to perform all these feats, our yahoos thought they could never have enough of it to spend, or to save, as they found themselves inclined, from their natural bent, either to profusion or avarice. Que l'homme riche jouissait du fruit du travail du pauvre, et que celui-ci était mille fois plus nombreux que celui-là. That the rich man enjoyed the fruit of the poor man's labour, and the latter were a thousand to one, in proportion to the former. Que la masse du peuple était forcée de vivre misérablement, en travaillant chaque jour pour un petit salaire, afin d'enrichir quelques-uns. That the bulk of our people were forced to live miserably, by labouring every day for small wages, to make a few live plentifully. Eh quoi ! interrompit son honneur, toute la terre n’appartient-elle pas à tous les animaux, et n’ont-ils pas un droit égal aux fruits qu’elle produit pour leur nourriture ? I enlarged myself much on these, and many other particulars to the same purpose: but his honour was still to seek; for he went upon a supposition, that all animals had a title to their share in the productions of the earth, and especially those who presided over the rest. Je me mis alors à lui indiquer les mets les plus exquis dont la table des riches est ordinairement couverte, et les manières différentes dont on apprête les viandes. Therefore he desired I would let him know, what these costly meats were, and how any of us happened to want them. Je lui dis sur cela tout ce qui me vint à l’esprit, et lui appris que, pour bien assaisonner ces viandes, et surtout pour avoir de bonnes liqueurs à boire, nous équipions des vaisseaux et entreprenions de longs et dangereux voyages sur la mer ; en sorte qu’avant que de pouvoir donner une honnête collation à quelques femelles de qualité, il fallait avoir envoyé plusieurs vaisseaux dans les quatre parties du monde. Whereupon I enumerated as many sorts as came into my head, with the various methods of dressing them, which could not be done without sending vessels by sea to every part of the world, as well for liquors to drink, as for sauces, and innumerable other conveniences. Je l'assurai que le globe entier devrait être parcouru au moins trois fois avant qu'une de nos femelles yahoos de la meilleure espèce pût avoir son déjeuner, ou une tasse pour le contenir. I assured him that this whole globe of earth must be at least three times gone round, before one of our better female yahoos could get her breakfast, or a cup to put it in. Votre pays, repartit-il, est donc bien misérable, puisqu’il ne fournit pas de quoi nourrir ses habitans ! He said, that must needs be a miserable country, which cannot furnish food for its own inhabitants. Vous n’y trouvez pas même de l’eau, et vous êtes obligés de traverser les mers pour chercher de quoi boire ! But what he chiefly wondered at was how such vast tracts of ground, as I described, should be wholly without fresh water, and the people put to the necessity of sending over the sea for drink. Je lui répliquai que l’Angleterre, ma patrie, produisait trois fois plus de nourriture que ses habitans n’en pouvaient consommer ; et qu’à l’égard de la boisson, nous composions une excellente liqueur avec le suc de certains fruits ou avec l’extrait de quelques grains ; qu’en un mot, rien ne manquait à nos besoins naturels : mais que, pour nourrir notre luxe et notre intempérance, nous envoyions dans les pays étrangers ce qui croissait chez nous, et que nous en rapportions en échange de quoi devenir malades et vicieux ; que cet amour du luxe, de la bonne chère et du plaisir, était le principe de tous les mouvemens de nos yahous ; que, pour y atteindre il fallait s’enrichir ; que c’était ce qui produisait les filous, les voleurs, les pipeurs, les M., les parjures, les flatteurs, les suborneurs, les faussaires, les faux témoins, les menteurs, les joueurs, les imposteurs, les fanfarons, les mauvais auteurs, les empoisonneurs, les impudiques, les précieux ridicules, les esprits forts. I replied, that England (the dear place of my nativity) was computed to produce three times the quantity of food, more than its inhabitants are able to consume, as well as liquors extracted from grain, or pressed out of the fruit of certain trees, which made excellent drink; and the same proportion in every other convenience of life. But in order to feed the luxury and intemperance of the males, and the vanity of the females, we sent away the greatest part of our necessary things to other countries, whence in return we brought the materials of diseases, folly, and vice, to spend among ourselves. Hence it follows of necessity, that vast numbers of our people are compelled to seek their livelihood by begging, robbing, stealing, cheating, pimping, flattering, suborning, forswearing, forging, gaming, lying, fawning, hectoring, voting, scribbling, stargazing, poisoning, whoring, canting, libelling, freethinking, and the like occupations: every one of which terms, I was at much pains to make him understand.
J’ajoutai que la peine que nous prenions d’aller chercher du vin dans les pays étrangers n’était pas faute d’eau ou d’autre liqueur bonne à boire, mais parce que le vin était une boisson qui nous rendait gais, qui nous faisait en quelque manière sortir hors de nous-mêmes, qui chassait de notre esprit toutes les idées sérieuses, qui remplissait notre tête de mille imaginations folles, qui rappelait le courage, bannissait la crainte, et nous affranchissait pour un temps de la tyrannie de la raison. That wine was not imported among us from foreign countries, to supply the want of water, or other drinks, but because it was a sort of liquid, which made us merry by putting us out of our senses, diverted all melancholy thoughts, begat wild extravagant imaginations in the brain, raised our hopes and banished our fears; suspended every office of reason for a time, and deprived us of the use of our limbs, till we fell into a profound sleep; although it must be confessed, that we always awaked sick and dispirited; and that the use of this liquor filled us with diseases, which made our lives uncomfortable and short.
C’est, continuai-je, en fournissant aux riches toutes les choses dont ils ont besoin que notre petit peuple s’entretient. But beside all this, the bulk of our people supported themselves by furnishing the necessities, or conveniences of life, to the rich, and to each other. Par exemple, lorsque je suis chez moi, et que je suis habillé comme je dois l’être, je porte sur mon corps l’ouvrage de cent ouvriers. Un millier de mains ont contribué à bâtir et à meubler ma maison ; et il en a fallu encore cinq ou six fois plus pour habiller ma femme. For instance, when I am at home, and dressed as I ought to be, I carry on my body the workmanship of a hundred tradesmen; the building and furniture of my house, employ as many more, and five times the number to adorn my wife.
J’avais dit à son honneur que la plupart de mes compagnons de voyage étaient morts de maladie ; mais il n’avait qu’une idée fort imparfaite de ce que je lui avais dit. I was going on to tell him of another sort of people, who get their livelihood by attending the sick, having, upon some occasions, informed his honour, that many of my crew had died of diseases. Mais ici c'était avec la plus grande difficulté que je parvins à lui faire entendre ce que je voulais dire. But here it was with the utmost difficulty, that I brought him to apprehend what I meant. Il s’imaginait que nous mourions comme tous les autres animaux, et que nous n’avions d’autre maladie que de la faiblesse et de la pesanteur un moment avant que de mourir, à moins que nous n’eussions été blessés par quelque accident. He could easily conceive, that a Houyhnhnm grew weak and heavy a few days before his death, or by some accident might hurt a limb: but that nature, who works all things to perfection, should suffer any pains to breed in our bodies, he thought impossible, and desired to know the reason of so unaccountable an evil. Je lui dis que nous mangions sans avoir faim, que nous buvions sans avoir soif ; que nous passions les nuits à avaler des liqueurs brûlantes sans manger un seul morceau, ce qui enflammait nos entrailles, ruinait notre estomac, et répandait dans tous nos membres une faiblesse et une langueur mortelles ; que plusieurs femelles parmi nous avaient un certain venin dont elles faisaient part à leurs galans ; que cette maladie funeste, ainsi que plusieurs autres, naissait quelquefois avec nous, et nous était transmise avec le sang ; enfin, que je ne finirais point si je voulais lui exposer toutes les maladies auxquelles nous étions sujets ; qu’il y en avait au moins cinq ou six cents par rapport à chaque membre, et que chaque partie, soit interne, soit externe, en avait une infinité qui lui étaient propres. I told him, we fed on a thousand things, which operated contrary to each other; that we eat when we were not hungry, and drank without the provocation of thirst; that we sat whole nights drinking strong liquors, without eating a bit, which disposed us to sloth, enflamed our bodies, and precipitated, or prevented digestion. That prostitute female yahoos acquired a certain malady, which bred rottenness in the bones of those who fell into their embraces; that this, and many other diseases, were propagated from father to son; so that great numbers come into the world with complicated maladies upon them: that it would be endless to give him a catalogue of all diseases incident to human bodies; for they could not be fewer than five or six hundred, spread over every limb and joint; in short, every part, external and intestine, having diseases appropriated to itself. Pour guérir tous ces maux, ajoutai-je, nous avons des yahous qui se consacrent uniquement à l’étude du corps humain, et qui prétendent par des remèdes efficaces extirper nos maladies, lutter contre la nature même et prolonger nos vices. To remedy which, there was a sort of people bred up among us in the profession, or pretence, of curing the sick. Comme j’étais du métier, j’expliquai avec plaisir à son honneur la méthode de nos médecins et tous nos mystères de médecine. And because I had some skill in the faculty, I would, in gratitude to his honour, let him know the whole mystery and method, by which they proceed.