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Jane Eyre — Chapter 31 in French

By Charlotte Brontë

Enfin, j’avais trouvé une demeure, et cette demeure était une ferme ; elle se composait d’une petite chambre dont les murs étaient blanchis à la chaux et le sol recouvert de sable ; l’ameublement se composait de quatre chaises en bois peint, d’une table, d’une horloge, d’un buffet où étaient rangés deux ou trois assiettes, quelques plats et un thé en faïence. My home, then—when I at last find a home,—is a cottage: a little room with white-washed walls, and a sanded floor; containing four painted chairs and a table, a clock, a cupboard, with two or three plates and dishes, and a set of tea-things in delf. Au-dessus se trouvait une autre pièce de la même grandeur que la cuisine, et où se voyaient un lit de sapin et une commode bien petite, et cependant trop grande encore pour ma chétive garde-robe, quoique la bonté de mes généreuses amies eût grossi mon modeste trousseau des choses les plus nécessaires. Above, a chamber of the same dimensions as the kitchen, with a deal bedstead, and chest of drawers; small, yet too large to be filled with my scanty wardrobe: though the kindness of my gentle and generous friends has increased that, by a modest stock of such things as are necessary.
Nous sommes au soir. It is evening. Nous sommes au soir ; j’ai renvoyé la petite orpheline qui me tient lieu de servante, après l’avoir régalée d’une orange. I have dismissed, with the fee of an orange, the little orphan who serves me as a handmaid. Je suis assise toute seule sur le foyer. I am sitting alone on the hearth. Ce matin, l'école du village a ouvert. This morning, the village school opened. J'avais vingt élèves. I had twenty scholars. Mais trois seulement savent lire : aucune n'écrit ou ne sait compter. But three of the number can read: none write or cypher. Plusieurs tricotent, et quelques-unes cousent un peu. Several knit, and a few sew a little. Elles ont l’accent le plus dur de tout le comté. They speak with the broadest accent of the district. Jusqu’ici, nous avons eu de la peine à nous comprendre mutuellement. At present, they and I have a difficulty in understanding each other's language. Quelques-unes ont de mauvaises manières, sont rudes et intraitables autant qu’ignorantes ; d’autres, au contraire, sont dociles, ont le désir d’apprendre et annoncent des dispositions qui me plaisent. Some of them are unmannered, rough, intractable, as well as ignorant; but others are docile, have a wish to learn, and evince a disposition that pleases me. Je ne dois pas oublier que ces petites paysannes, grossièrement vêtues, sont de chair et de sang aussi bien que les descendants des familles les plus nobles, et que les germes de la perfection, de la pureté, de l’intelligence, des bons sentiments, existent dans leurs cœurs comme dans le cœur des autres. I must not forget that these coarsely-clad little peasants are of flesh and blood as good as the scions of gentlest genealogy; and that the germs of native excellence, refinement, intelligence, kind feeling, are as likely to exist in their hearts as in those of the best-born. Mon devoir est de développer ces germes ; certainement je trouverai un peu de bonheur dans cette tâche. My duty will be to develope these germs: surely I shall find some happiness in discharging that office. Je n’espérais pas beaucoup de jouissance dans l’existence qui allait commencer pour moi, et pourtant je me disais qu’en y accoutumant mon esprit, en exerçant mes forces comme je le devais, cette vie deviendrait acceptable. Much enjoyment I do not expect in the life opening before me: yet it will, doubtless, if I regulate my mind, and exert my powers as I ought, yield me enough to live on from day to day.
Avais-je été bien gaie, bien joyeuse, bien calme pendant la matinée et l’après-midi passées dans cette école humble et nue ? Was I very gleeful, settled, content, during the hours I passed in yonder bare, humble schoolroom this morning and afternoon? Pour ne pas me tromper moi-même, je dois répondre—Non : je me sentais désespérée au plus haut degré. Not to deceive myself, I must reply—No: I felt desolate to a degree. Je me sentais désespérée ; folle que j’étais, je me trouvais humiliée ; je me demandais si, en acceptant cette position, je ne m’étais pas abaissée dans la balance de l’existence sociale, au lieu de m’élever. I felt—yes, idiot that I am—I felt degraded. I doubted I had taken a step which sank instead of raising me in the scale of social existence. J’étais lâchement dégoûtée par l’ignorance, la pauvreté et la rudesse de tout ce que je voyais et de tout ce qui m’entourait. I was weakly dismayed at the ignorance, the poverty, the coarseness of all I heard and saw round me. Je sais que j’ai eu tort : c’est déjà un grand pas de fait ; je ferai des efforts pour me vaincre moi-même ; j’espère y parvenir en partie demain. But let me not hate and despise myself too much for these feelings: I know them to be wrong—that is a great step gained; I shall strive to overcome them. Demain, j'espère en triompher partiellement ; et dans quelques semaines, peut-être, elles seront tout à fait domptées. To-morrow, I trust, I shall get the better of them partially; and in a few weeks, perhaps, they will be quite subdued. Dans quelques semaines, j’aurai peut-être atteint complètement mon but, et, dans quelques mois, il est possible que le bonheur de voir mes élèves progresser vers le bien change mes dégoûts en joie. In a few months, it is possible, the happiness of seeing progress, and a change for the better in my scholars, may substitute gratification for disgust.
« Du reste, me dis-je, serait-il donc mieux d’avoir succombé à la tentation, écouté la passion, de m’être laissé prendre dans un filet de soie, au lieu de lutter douloureusement, de m’être étendue sur les fleurs qui recouvraient le piège pour me réveiller dans un pays du Sud, au milieu du luxe et des plaisirs d’une villa ; de vivre maintenant en France, maîtresse de M. Rochester, enivrée de son amour, car il m’aurait bien aimée pendant quelque temps ? Meantime, let me ask myself one question—Which is better?—To have surrendered to temptation; listened to passion; made no painful effort—no struggle;—but to have sunk down in the silken snare; fallen asleep on the flowers covering it; wakened in a southern clime, amongst the luxuries of a pleasure-villa: to have been now living in France, Mr. Rochester's mistress; delirious with his love half my time—for he would— oh, yes, he would have loved me well for a while. Il m'a aimée—personne ne m'aimera jamais ainsi. He did love me—no one will ever love me so again. Personne ne m’aimera plus jamais comme lui ; je ne connaîtrai plus jamais les doux hommages rendus à la beauté, à la jeunesse et à la grâce ; car jamais aux yeux de personne je ne semblerai posséder ces charmes. I shall never more know the sweet homage given to beauty, youth, and grace—for never to any else shall I seem to possess these charms. Il m’aimait, et il était orgueilleux de moi ; et jamais aucun autre homme ne pourra l’être. Mais que dis-je ? He was fond and proud of me—it is what no man besides will ever be.—But where am I wandering, and what am I saying: and, above all, feeling? » Je me demandai s’il valait mieux être esclave dans un paradis impur, emportée un instant dans un tourbillon de plaisirs trompeurs, et étouffée l’instant d’après par les larmes amères du repentir et de la honte, ou être la maîtresse libre et honorée d’une école de village, sur une fraîche montagne, au milieu de la sainte Angleterre. Whether is it better, I ask, to be a slave in a fool's paradise at Marseilles—fevered with delusive bliss one hour—suffocating with the bitterest tears of remorse and shame the next—or to be a village-schoolmistress, free and honest, in a breezy mountain nook in the healthy heart of England?