Oliver Twist — Chapter 48 in French
By Charles Dickens
Au bord de la Tamise, près de l’église de Rotherhithe, à l’endroit où le fleuve est bordé des masures les plus délabrées et où les vaisseaux sont le plus noircis par la poussière de la houille et par la fumée qui s’échappe des toits abaissés des maisons, se trouve à l’heure qu’il est la plus sale, la plus étrange, la plus extraordinaire des nombreuses localités que recèle la ville de Londres, complètement inconnue, même de nom, au plus grand nombre des habitants de la capitale. Near to that part of the Thames on which the church at Rotherhithe abuts, where the buildings on the banks are dirtiest and the vessels on the river blackest with the dust of colliers and the smoke of close-built low-roofed houses, there exists, at the present day, the filthiest, the strangest, the most extraordinary of the many localities that are hidden in London, wholly unknown, even by name, to the great mass of its inhabitants.
Pour arriver dans cet endroit, le visiteur est obligé de parcourir un dédale de rues étroites et fangeuses, où est entassée la population la plus misérable et la plus grossière des bords du fleuve, et où l’on ne vend que les objets nécessaires à la classe indigente. To reach this place, the visitor has to penetrate through a maze of close, narrow, and muddy streets, thronged by the roughest and poorest of water-side people, and devoted to the traffic they may be supposed to occasion. Les vivres les moins chers et les plus grossiers sont entassés dans les boutiques ; les vêtements les plus communs sont suspendus à la porte du brocanteur ou accrochés aux fenêtres. The cheapest and least delicate provisions are heaped in the shops, the coarsest and commonest articles of wearing apparel dangle at the salesman's door, and stream from the house-parapet and windows. Coudoyé par des ouvriers sans ouvrage du plus bas étage, des porteurs de lest et de charbon, des femmes effrontées, des enfants en guenilles, enfin par le rebut de la population voisine du fleuve, le visiteur ne se fraye un chemin qu’avec peine, rebuté par le spectacle hideux et l’odeur infecte des allées étroites qui se détachent à droite et à gauche de la rue principale, et assourdi par le bruit des chariots lourdement chargés. Jostling with unemployed labourers of the lowest class, ballast-heavers, coal-whippers, brazen women, ragged children, and the very raff and refuse of the river, he makes his way with difficulty along, assailed by offensive sights and smells from the narrow alleys which branch off on the right and left, and deafened by the clash of ponderous waggons that bear great piles of merchandise from the stacks of warehouses that rise from every corner. Arrivé enfin dans des rues plus reculées et moins fréquentées que celles qu’il a traversées jusqu’ici, il s’avance entre des rangées de maisons dont les façades chancelantes surplombent sur le trottoir, des murs lézardés qui semblent prêts à s’écrouler, des cheminées en ruines qui hésitent à tomber tout à fait, des fenêtres garnies de barres de fer rongées par la rouille et par le temps, enfin tout ce qu’on peut imaginer de plus triste et de plus dégradé. Arriving at length in streets remoter and less-frequented than those through which he has passed, he walks beneath tottering house-fronts projecting over the pavement, dismantled walls that seem to totter as he passes, chimneys half crushed half hesitating to fall, windows guarded by rusty iron bars that time and dirt have almost eaten away, and every imaginable sign of desolation and neglect.
C’est dans cet affreux quartier, au delà de Dockhead, dans le faubourg de Southtwark, que se trouve l’île de Jacob, entourée d’un fossé fangeux, profond de six ou huit pieds, et large de quinze ou vingt à la marée haute, qu’on appelait jadis Mill-Pond et qui est connu maintenant sous le nom de Folly-Ditch. In such a neighbourhood, beyond Dockhead in the Borough of Southwark, stands Jacob's Island, surrounded by a muddy ditch, six or eight feet deep and fifteen or twenty wide when the tide is in, once called Mill Pond, but known in these days as Folly Ditch. Ce fossé aboutit à la Tamise et peut toujours être rempli d’eau en ouvrant les écluses de Lead-Mills, d’où lui venait son ancien nom. It is a creek or inlet from the Thames, and can always be filled at high water by opening the sluices at the Lead Mills from which it took its old name. Alors un étranger placé sur un des ponts de bois qui sont jetés sur le fossé à Mill-Lane, pourrait voir les habitants des maisons qui le bordent de chaque côté puiser l’eau dans des baquets, des seaux, des ustensiles de tout genre, qui descendent des portes ou des fenêtres ; et, s’il porte ses regards sur les maisons elles-mêmes, son étonnement redoublera à la vue du spectacle étalé devant lui : des galeries de bois vermoulu s’étendant derrière une demi-douzaine de maisons et percées de trous à travers desquels on peut voir l’eau bourbeuse qui coule au-dessous ; des fenêtres faites de pièces et de morceaux, laissant passer des perches à sécher le linge (comme s’il y avait du linge dans ces parages) ; des chambres si étroites, si resserrées et si sales, que l’air s’y corrompt en y entrant ; des constructions en bois qui penchent sur le fossé et qui menacent d’y tomber pour imiter les autres, qui ont déjà pris ce parti ; des murs noircis, des fondations dégradées ; enfin tout ce que la pauvreté a de plus repoussant : tels sont les objets qui ornent les bords de Folly-Ditch. At such times, a stranger, looking from one of the wooden bridges thrown across it at Mill-lane, will see the inhabitants of the houses on either side lowering from their back doors and windows, buckets, pails, domestic utensils of all kinds, in which to haul the water up; and when his eye is turned from these operations to the houses themselves, his utmost astonishment will be excited by the scene before him. Crazy wooden galleries common to the backs of half a-dozen houses, with holes from which to look upon the slime beneath; windows broken and patched, with poles thrust out on which to dry the linen that is never there; rooms so small, so filthy, so confined, that the air would seem too tainted even for the dirt and squalor which they shelter; wooden chambers thrusting themselves out above the mud, and threatening to fall into it—as some have done; dirt-besmeared walls and decaying foundations; every repulsive lineament of poverty, every loathsome indication of filth, rot, and garbage;—all these ornament the banks of Folly Ditch.
Dans l’île de Jacob, les magasins sont vides et n’ont plus de toits ; les murs s’écroulent de toute part, les fenêtres ne sont plus des fenêtres, les cheminées sont noires, mais il n’en sort plus de fumée. In Jacob's Island the warehouses are roofless and empty; the walls are crumbling down; the windows are windows no more; the doors are falling into the street; the chimneys are blackened, but they yield no smoke. Il y a trente ou quarante ans, c’était un quartier assez commerçant, maintenant ce n’est plus qu’un désert ; les maisons n’appartiennent à personne et servent de retraite à ceux qui ont le courage d’y vivre et d’y mourir. Thirty or forty years ago, before losses and Chancery suits came upon it, it was a thriving place; but now it is a desolate island indeed. The houses have no owners; they are broken open, and entered upon by those who have the courage, and there they live and there they die. Pour chercher un refuge dans l’île de Jacob, il faut avoir de puissantes raisons de se cacher ou être réduit au plus affreux dénûment. They must have powerful motives for a secret residence, or be reduced to a destitute condition indeed, who seek a refuge in Jacob's Island.